Plus les entreprises doivent s’adapter rapidement, plus la distance entre le métier et l’IT doit se réduire, afin que tout nouveau besoin métier puisse être traité rapidement. C’est le sens de l’histoire, et les résultats de l’étude Gartner CIO 2006, à laquelle ont répondu plusieurs centaines de directeurs informatiques, indiquent que ce cap risque d’être fermement maintenu pendant un certain temps. Souhaiteriez-vous quelques preuves ? Cette enquête en regorge.
Préoccupation première des DSI pour répondre aux tendances métier ? Améliorer les processus. Première priorité stratégique ? Fournir des projets qui alimentent la croissance de l’entreprise. La seconde ? Aligner la stratégie et les plans IT à ceux du métier. Premier investissement technologique ? La Business Intelligence.
La SOA occupe un champ extrêmement large du discours IT depuis plusieurs mois maintenant. Pourtant, à en croire les DSI, c’est pourtant le métier qui prend toute la place. Est-ce à dire que la SOA n’est pas une préoccupation de DSI, ou bien que la SOA est intrinsèquement liée au métier. En fait, les deux assertions sont vraies.
D’abord, la SOA ne préoccupe pas frontalement les DSI. C’est un besoin d’architecte d’entreprise, ou d’urbaniste, identifié comme un moyen pour réorganiser le système d’information en vue d’en faire un levier de croissance pour l’entreprise. C’est l’innovation au service de la croissance. A aller parler SOA dans le texte avec un DSI, on en garde parfois un cuisant souvenir. De plus, il n’est pas rare que les entreprises soient plus promptes à identifier les services techniques que les services métier. Cela s’explique par le fait que c’est l’IT qui construit généralement une SOA, et le service technique est une zone de confort où les services sont plus faciles à identifier : on voit tout de suite ce qui peut se mutualiser. En revanche, identifier les services métier demande une analyse de plus haut niveau, telles que celle que peut délivrer un travail d’EA (Enterprise Architecture), donc une démarche plus importante, plus longue à porter ses fruits, dans laquelle l’IT, si elle est candidate, se sent parfois moins à l’aise.
En résumé, le DSI ne voit pas le lien entre service et croissance, et ses équipes peinent à lui démontrer : c’est donc le processus métier qui tient la corde. C’est à lui qu’on confère le droit et le mérite d’assurer un lien naturel, une flexibilité et un alignement entre le métier et l’IT. C’est en améliorant les processus métier que l’on nourrit la croissance. Alors, comme ils sont parés de tous les mérites, passons sur les réserves qu’on nourrit vis-à-vis d’eux de ce côté-ci de la Manche ou de l’Atlantique. La majorité d’entre elles s’estompent, d’ailleurs, et la démarche d’EA, qui se généralise, identifie bien ces processus d’entreprise dont le rôle est souvent différenciant, critique et stratégique. Et le service dans tout cela, alors ? Non désiré par les DSI, et ravalé à un rang technique ? Déjà has-been ?
Bien sûr que non. Les Architectures Orientées Service (SOA) participent de façon naturelle à cette orientation vers le métier évoquée ci-dessus : s’il persistera bien toujours ça et là quelques services de nature technique, l’avantage d’une SOA est de promouvoir des services sémantiquement orientés métier, qui exposent un ensemble de fonctions, généralement identifiées dans une architecture d’entreprise. On parle même de Service-Oriented Enterprise (SOE) pour affirmer la force de ce lien entre service et métier. Et identifier les services métier, on l’a vu, fait également partie des démarches d’Enterprise Architecture.
De plus, c'est devenu une banalité que d'affirmer que l'orchestration des processus est consommatrice de service. Toute activité est susceptible d’être un service. Celle-ci peut s’effectue entre les silos métier, sur toute la chaîne de valeur de l’entreprise étendue : dans ce cas, le processus est dit transversal. Comme les applications sont généralement liées à un silo métier, aucune n’est en mesure d’en assurer seule l’exécution. Donner de la visibilité à ces processus en les modélisant, en assurant leur exécution par une plate-forme dédiée et en mesurant leur performance opérationnelle, est un autre moyen de créer de la valeur, de réduire le fossé entre métier et IT. Coup double : c’est le champ du Business Process Management (BPM).
Mais la transversalité n'est pas obligatoire. On peut citer, dans la banque notamment, le cas d'entreprises organisant des orchestrations de façon extrêmement large au sein d'une même entité.
Tout comme la SOA, le Business Process Management occupe un terrain plus ou moins en friche entre les applications du système d’information. A l’heure actuelle, ce terrain s’organise, se construit, et l’entreprise prend la mesure des réels enjeux qui pèsent sur son occupation. Organiser les données, les services, les processus, les échanges n’est pas l’expression d’un souci maniaque, mais plutôt l’affirmation d’une conscience que les gisements de croissance ne pourront être exploités sans la mise en place d’innovations qui organisent le patrimoine d’information de l’entreprise.