15.5.08

La tête dans le nuage

Indubitablement, l'un des sujets les plus en vue cette année est le Cloud Computing. Il fait l'objet d'au moins une conférence par jour : "31D - Cloud Computing myths, magic and mayhem", "43C - Alternative delivery models : IT as a service", "44A - Web plaforms : business in the cloud", sans compter la session sur les "10 most disruptive technologies". L'audience partage-t-elle cet engouement ? Le bilan est mitigé.

Après moults échanges et discussions sur site, le Cloud Computing, selon que l'on voie le verre à moitié vide ou à moitié plein, est la dernière hype pour faire du neuf avec du vieux, ou bien le signe que l'industrie se structure et s'organise autour de la notion "Everything as a Service" : infrastructure, applications, information, processus, et j'en passe. N'a-t-on pas un peu tendance à transformer ce brave nuage en un écran de fumée ? Est-il réellement "disruptif" ? Et, au juste, de quoi parlons-nous ?

Pour bien comprendre en face de quel objet nous nous trouvons, reprenons la définition qu'en donne Daryl Plummer, analyste du Gartner : "a style of computing where massively scalable IT-related capabilities are provided as a service to multiple customers over the Internet". Pour faire bref, j'utilise Internet pour accéder à des services de type logiciel, infrastructure, processus, etc. Les exemples les plus abondamment cités sont GMail ou salesforce.com : délivrés via Internet, ces services changent le modèle économique entre consommateur et producteur de service, en cela que le producteur s'engage à respecter une prestation caractérisée par une qualité de service.

Lorsque l'on acquiert un logiciel, lorsque l'on investit dans de l'infrastructure, jusqu'à quel point s'engage réellement le fournisseur avec lequel vous contractualisez ? Probablement moins que ce que vous souhaiteriez. Les impacts les plus forts sont forcément à attendre du côté du sourcing et de la gestion du portefeuille d'applications. En effet, les modèles économiques vont probablement différer des modèles traditionnels de licensing. On le voit avec salesforce : you "pay as you go". Ce modèle a le vent en poupe : il se développe dans l'économie "réelle" : Michelin facture à la quantité de gomme effectivement consommée, et le secteur de l'assurance propose aux jeunes conducteurs de régler leurs prestations en fonction du kilométrage effectué et de l'heure à laquelle a eu lieu la conduite (globalement : les sorties de boîte de nuit vont coûter cher, mais ceci est un autre sujet). Il est vrai que plusieurs de mes clients ont manifesté récemment le souhait de ne plus payer des packages logiciels complets, mais uniquement les fonctionnalités réellement utilisées.

Cela va dans le sens d'un éclatement des applications en services. Si ces services sont fournis via un prestataire extérieur, sur Internet, et que la facturation s'effectue sur la base de la consommation réelle, alors la politique de sourcing d'une entreprise est susceptible d'être modifiée en profondeur. Les investissement logiciels, considérés comme du capital (Capex) se déplacent vers de l'opérationnel (Opex). La gestion du portefeuille d'applications demande de tenir compte de ces attributs. Des courtiers vont émerger, qui arbitreront entre des services similaires pour maintenir vivace une concurrence de prestation, de prix et de qualité, au bénéfice des entreprises.

Jusqu'à présent, tacitement, les entreprises considéraient que les coûts élevés de migration d'applications et de renouvellement d'infrastructure pouvaient se justifier par le fait que, finalement, les fournisseurs assurent la R&D que les entreprises ne peuvent se permettre de mener pour leur propre compte. Le Cloud Computing remet ce modèle en cause, en fournissant une alternative agile : toute mise à jour du modèle fourni peut bénéficier quasi immédiatement à l'ensemble des consommateurs qui en auraient le besoin et l'utilité. Elles vont aussi dans le sens d'une plus grande industrialisation de l'économie et de la technologie Internet.

L'observation des mouvements du marché montre clairement que le Cloud Computing, ce n'est pas du vent. Si certains n'ont pas encore saisi la portée du modèle, d'autres manifestent un intérêt qui confine à la décision stratégique. Ainsi, la trajectoire de Microsoft, le plus grand fournisseur d'applications bureautiques au monde, s'incurve singulièrement dans cette direction, prouvant, s'il en était besoin, la capacité du géant de Seattle à se renouveler, dans le sillage de Google, pour s'acheter un coin de nuage.

Libellés : ,

14.5.08

Gartner Megatrends : vertige du futur

Les années se suivent et se ressemblent quelque peu à Gartnerland. Il y a la plénière d'ouverture, avec le boss, Gene Hall,
qui vient délivrer ses quelques mots de bienvenue ; paroles il est vrai rendues cette année bien moroses par un contexte
économique guère flamboyant que Gene Hall se plaît à souligner... pour mieux marteler que c'est dans la récession que se
prépare la croissance. Aussi il est important de ne pas se relâcher et de poursuivre inlassablement une mission centrale,
la mission ultime de l'IT : innover. Le voilà, le maître mot, il est lâché et tombe sur un parterre d'auditeurs pris par surprise au petit matin, sans avoir parfois eu le temps de descendre un café.
Le rôle de l'IT, plus que jamais, est de porter l'innovation, et de la porter au coeur du métier. Prendre des risques, dépasser les limites, casser les règles du jeu : il est urgent d'écouter le leader qui sommeille en nous. J'ironise un peu, mais il faut reconnaître que ce discours extrêmement volontariste regonfle le moral. Il s'agit aussi d'adopter une attitude
responsable vis-à-vis des actifs du système d'information : actifs technologiques certes, mais aussi actifs métier et actifs humains. La gestion et la gouvernance des actifs sur la durée, en cassant la logique de silo imposée par le traditionnel exrecice budgétaire, est une preuve de maturité. C'est dans la transversalité qu'elle se construit et le rôle
de l'Entreprise Architect est, encore une fois, crucial dans ce dispositif responsable. Je crois profondément en ces thèmes que nous reprenons à notre compte dans l'ouvrage à paraître début juin et qui s'intitule... le système d'information transverse.

Deux autres principaux sujets sont lâchés par Peter Sondegaard, le patron de la recherche : Green IT et people. Le développement durable et le respect des contraintes environnementales vont se renforcer dans le quotidien des entreprises. C'est effectivement un thème qui a pris de l'ampleur depuis le symposium 2007. Nous apprendrons un peu plus tard dans
l'après-midi que la France se situe au 1er rang des pays intégrant cette contrainte dans leur politique IT (15% des décideurs en tiennent compte, contre 9% en Amérique du Nord et une moyenne générale de 11%). Saviez-vous que, dans le secteur IT, les plus soucieux de l'environnement et les plus créatifs sont les constructeurs (HP, IBM, Ericsson) ? Les plus
attardés ? Sans nul doute les sociétés de service. Gartner confessera n'avoir pas répondu à sa propre enquête en raison de ce positionnement délicat. Microsoft non plus n'a pas répondu. Quand à Google, c'est quasiment un bonnet d'âne qui lui est décerné. Commentaire de WWF, qui co-présentait cette session : "Ceux qui parlent le plus en font clairement le moins.
Comment imaginer que Google, entreprise modèle et futur de notre économie pour beaucoup de jeunes, puisse être aussi conservateur et rétrograde sur un sujet lié à l'avenir de la planète" ?

Concernant les "people", le constat est celui d'une carence cruelle des compétences nécessaires pour mettre en place et maintenir les technologies émergentes. A titre d'exemple : l'arrivée des processeurs hybrides et multi-coeurs implique le parallélisme des traitements, et des développeurs capables de l'implémenter dans leurs réalisations. Ils sont encore rares. Je partage ce constat : sur les technologies NSSI, Logica forme énormément, car les compétences souhaitées sont rares sur le marché, et la tension est forte pour les recruter. De plus, la détection des talents se diversifie. Il ne suffit plus de trouver de bonnes compétences technologiques. Il faut de nouvelles qualités : de l'écoute, de la créativité, un sens plus marqué du métier, la capacité à gérer des réseaux de partenaires... Pourquoi ce dernier point, me direz-vous ? En raison notamment de l'émergence réaffirmée du Cloud Computing : la gestion du sourcing va toucher des publics beaucoup plus variés qu'aujourd'hui. Et tous ces talents ne se retrouvent pas (encore) dans les modèles offshore proposés par les pays émergents.

L'impact des pays émergents est précisément l'un des nombreux autres sujets abordés pendant la plénière, au même titre que l'effervescence autour des réseaux sociaux ou les nouveaux préceptes de la mobilité (vous connaissez le WINYWYG ?). Sujets auxquels nous reviendrons dans un tout proche bulletin.

13.5.08

En direct de Gartnerland

Dans une ville de Barcelone éteinte en ce lundi de Pentecôte férié et maussade, le symposium Gartner débute par la traditionnelle après-midi de mise en bouche. Quatre conférences pour lancer ce qui devient officiellement le congrès des tendances émergentes (comparativement à celui de Cannes, en novembre, qui sera le véritable grand raout annuel tous azimuts).

Et qu'avons-nous vu émerger, en ce début d'après-midi ? La moustache de Massimo Pezzini himself, la superstar incontournable de la planète SOA, son accent impayable ("as you may hear, I'm Italian") et son humilité certes improbable mais pas factice ("I will try to give you the answer"), pour une présentation virtuose sur le thème "Front-End vs. Back-end composite applications". Un panorama magistral, du Cloud Computing aux Mashups, une analyse de marché complète même si sans grande révélation : un Massimo visiblement très fatigué mais malgré tout impeccable, qui prédit en roue libre l'avènement du "end-user compositing".

Autre sujet très "end-user" : l'état de l'art du Business Rules Management System, par Marc Kerremans, nettement moins en verve que son prédécesseur. Il incite pourtant à réfléchir sur les notions comparées de flexibilité (planifiée) vs. adaptabilité (inattendue) - qui s'était déjà penché sur cette distinction ? - et sur le rapprochement qui continue de s'opérer entre IT et business via la capacité pour l'utilisateur final de modifier dynamiquement des règles. Autonomie d'un côté, externalisation de l'autre : cela ne manquera pas d'alimenter le débat sur la réorganisation et la mutation des DSI.

S'ensuivit un sujet véritablement hype et drainant d'ailleurs la grande majorité de l'audience : comment justifier auprès des business leaders d'investissements dans les technologies émergentes ? Brian Burke formule maintes propositions pour structurer l'intégration de l'innovation, réfléchit sur les conditions de réussite de cette intégration, réaffirme le rôle de l'Enterprise Architecture dans cette industrialisation : on est dans le vif du sujet.

Enfin, Myriam Burt clôt l'après-midi en caractérisant les comportements des Digital Natives, soit toutes les personnes nées après 1980. En comparaison, étant né en 1971, je suis pour ma part un Digital Immigrant : je fais de mon mieux pour m'en sortir dans un monde qui n'est pas le mien. (ma présence à ce symposium en témoigne). Robots, avatars des mondes virtuels et des immersive workspaces, habitudes de consommation mobiles et multi-canal : une revue de détail en accéléré, qui nous invite à nous détourner de Second Life, empire désert et jugé trop vaste, pour mieux nous concentrer sur Kaneva (
http://www.kaneva.com/), nous fait rêver un moment en rappelant la promesse Microsoft Surface, et provoque ensuite le scepticisme de l'assemblée en anticipant pied au plancher sur les nano-technologies (NOKIA Morph). Un chiffre ? Seuls 18% des Digital Natives envisagent d'utiliser leur terminal mobile pour un achat : le mobile reste un outil d'échange et d'accès à l'information, mais pas encore l'outil de mCommerce rêvé.

L'après-midi s'achève sur cette maxime fort à propos : la seule technologie réussie, on ne la voit plus, car elle s'est fondue dans notre quotidien. C'est donc aussi celle dont on ne parle plus ! Bonne nuit.

10.5.08

Back !

De retour après un année de silence, une année chargée, diversifiée, bien occupée - ce qui explique au passage mes difficultés récurrentes à alimenter ce blog avec rigueur, jusqu'à le laisser se couvrir de poussière un bon moment. Je ne ferai pas de promesse sur ma régularité à long terme, mais je vais d'ores et déjà ouvrir les fenêtres et ôter quelques toiles d'araignée.

Pourquoi une si longue interruption ? En raison d'une activité musclée ! Cette année fut notamment occupée :

  • par la création de la Web TV de Logica Management Consulting, Your Potential TV (http://www.yourpotential.tv/) - dont je ne peux résister à l'envie de glisser ci-dessous un lien vers un sujet d'actualité : réussir l'outillage méthodologique de la SOA,
  • par la rédaction d'un nouvel ouvrage, à paraître début juin chez Hermès Lavoisier (sur les mêmes sujets que ceux traités dans ce blog),
  • par ma participation à un programme d'envergure dans la création d'un socle NSSI complet faisant intervenir SOA, BPM et BAM, et la conception du socle de pilotage temps réel de toute l'activité de détail d'une grande banque française.

Pas de quoi s'ennuyer, et c'est au moment où je lève le pied quelques jours que je reprends la plume. Je pars en effet ce soir pour Barcelone afin d'assister dès lundi au symposium annuel du Gartner Group, le cabinet que l'on adore détester, que l'on raille autant qu'on le respecte, que l'on ne peut bon gré mal gré s'empêcher d'écouter. Je m'astreindrai à publier chaque soir sur ce blog les principales informations de la journée.

A l'issue de ce congrès, je retournerai diriger la construction du socle d'un nouveau programme NSSI, que j'aurai l'opportunité de présenter dans ces pages plus en détail.

Pas de promesse donc, mais de l'envie. Nous verrons bien où tout cela nous mène !

Libellés : , , , , , , , ,