12.4.07

Un point sur la maturité des solutions SOA

Un débat anime actuellement les experts du Centre d'Excellence SOA d'Unilog Management. Ce groupe, constitué d'experts internationaux (UK, Pays-Bas, Danemark, Finlande, Allemgne, France) se demande s'il est préférable d'être rattaché à la direction de l'innovation ou à la direction du marketing. Intéressante question qui peut être formulée en d'autres termes : les Architectures Orientées Services forment-elles un domaine que l'on peut qualifier de mature ?

A la lumière d'une récente mission menée pour l'un de nos clients du monde de la fabrication/distribution, il semble nécessaire de compléter cette question d'une autre : à quel degré les entreprises ont-elles aujourd'hui besoin d'adopter les Architectures Orientées Services ? Cette entreprise souhaite construire une plate-forme permettant à ses applications de mieux communiquer entre elles. Il y a encore deux ou trois ans, une étude de ce type aurait abouti à un choix proche d'une plate-forme combinant intégration en mode message (EAI) et intégration batch (ETL), avec quelques touches d'orchestration en fonction du degré d'orientation processus décidée par l'entreprise. Aujourd'hui, c'est plus compliqué. Parler d'EAI peut vous conduire à vous sentir has-been.

Pourquoi ? Parce que les éditeurs de logiciel ont tout misé sur la SOA. D'un point de vue marketing tout d'abord : qui trouve encore la trace du mot EAI quelque part ? Pourtant, le domaine n'a pas disparu. Il a été tout bonnement et tout simplement "absorbé" par le mot-clé "SOA" dont il constitue une partie, mais pas le tout. Mais on a toujours besoin, plus que jamais, d'intégrer les SI et d'exploiter efficacement ces grandes friches inter-aplicatives que les entreprises ne peuvent plus se permettre de négliger.

D'un point de vue technologique ensuite : pour marquer leur engagement SOA, certains éditeurs n'ont pas hésité à privilégier une logique de rupture de leurs offres, via de nouvelles plates-formes centrées notamment sur l'orchestration de services. De nouveaux produits, faits maison ou issus de rachats de pure-players. Dans certains domaines, comme celui de la gouvernance des services, cela peut être très positif : ces produits n'existant pas auparavant, ils créent quelque chose de nouveau, une innovation à laquelle on doit laisser le temps de se développer (car le besoin est là, nous en reparlerons prochainement).

Dans le domaine de l'intégration inter-applicative (relookée SOA), c'est beaucoup moins clair. On dispose de solutions performantes, déployées depuis plus de 10 ans. Les casser au profit d'une refonte SOA, absorber un pure-player à la couverture fonctionnelle fatalement moindre, c'est prendre le risque de régresser, par exemple en matière de supervision fonctionnelle ou de connectivité aux systèmes existants. Même s'ils aboutiront au final à des solutions d'envergure réelle capables d'adresser l'ensemble d'un périmètre SOA, ces choix sont discutables à court terme car l'apport des SOA à l'intégration inter-applicative est une évolution et certainement pas une rupture.

Ce qui nous conduit, dans le cadre de la mission mentionnée précédemment, à préconiser des produits a minima orientés EAI, n'ayant pas subi de rupture technologique forte depuis plusieurs années et en cours d'évolution tranquille vers une logique de plate-forme SOA/BPM, dont la maturité coincidera probablement avec celle des entreprises en la matière. Ils nous semble que des solutions telles que celles de BEA, Microsoft, Tibco ou webMethods répondent à cette logique. Parce qu'il est aujourd'hui nécessaire, lorsque l'on crée une plate-forme d'échange d'entreprise, de faire cohabiter le mode batch/fichier, le mode fil de l'eau/message et l'invocation de services, notamment pour gérer la bascule progressive d'un mode d'échange à l'autre.

Quant à ceux ayant privilégié des approches de refonte lourdes, ils devront se rappeller encore quelque temps que, oui, décidément, rien ne sert de courir et que oui, c'est vrai, les entreprises, après 10 ans de solutions d'intégration inter-applicatives dans le paysage, s'attendent à des produits industriels, des méthodes rôdées, des solutions qui fonctionnent bien et dont la couverture fonctionnelle est large.

Si on en trouve à l'heure actuelle, il me semble personnellement que la SOA en demeure à un stade innovant où se dessinent encore les réponses technologiques, le marché et les méthodes. C'est d'autant plus vrai que son champ est vaste. j'en profiterai pour ajouter que la disparition ou l'absorption rapide des pure-players SOA n'est pas un service rendu à ce marché. Et je concluerai au passage par une franche affirmation : parler d'intégration EAI en 2007 n'a rien de has-been. Ce sont les entreprises qui le demandent.